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samedi 25 juillet 2026

recto-verso, une petite invention d'histoire...



Louise habitait dans une ferme, elle cousait des tenues extraordinaires dignes d'illustrer le conte de Peau d'âne... Mais elle n'aimait pas ce conte, ni lire des histoires en général... Trop d'imagination, lui disait-on depuis qu'elle était petite! Peut-être? En tout cas, elle n'avait qu'à prendre quelques bouts de tissus et enfiler des soies de couleurs pour se composer tout un monde qui tournicotait de l'ourlet au décolleté! Des sentiers de lamé se faufilaient entre des vallons de velours moussus, des cascades de dentelle crissante semblaient éclabousser de gouttelettes glacées des canevas aux arêtes métalliques et partout, éparpillés, se promenaient de drôles de personnages à la dégaine étranges. Mi animal, mi petit enfant... Elle ne cherchait pas à savoir le pourquoi du comment, elle faisait et ses tabliers d'histoires, ses robes d'épopée ou ses vestes panoramiques se suffisaient sans besoin de plus d'explications. Redondon, redondantes, disait-elle si on l'embêtait à vouloir les traduire!

 Félix était le fils du garagiste et faisait le bonheur de ses parents! Il n'avait pas passé une journée de sa jeune existence sans bricoler, bidouiller, berlificoter et entortiller trois fils de fer, quelques machins-rouages, des écrous et des bidules. Chaque matin, il allait affronter l'aube blanche qui dévorait les cercles électriques des réverbères. Les yeux dans le caniveau, une canne pour gigoter les petits tas de ferraille abandonnés et un solide sac en cuir pour glisser ses trouvailles. Il ne savait combien de temps cela prendrait mais avec la lumière franche du jour arrivée, la cueillette était terminée.  Il rentrait se faufilant comme l'aurait fait un voleur de trésors. Un chocolat chaud l'attendait et avec des moustaches d'écume de lait , il s'installait à son établi pour commencer ses constructions.

Louise n'allait pas à l'école. Elle avait bien essayé mais elle s'y ennuyait trop et finissait toujours par déranger quelqu'une ou quelqu'un et le professeur pour couronner le tout... Et elle ne parlait pas, c'était sans doute là ce qui mettait tout les autres mal à l'aise, son silence, son regard si direct et habité et son absence de parole.
Et il y avait  ces espèces de gribouillis à aligner terriblement...  Elle ne comprenait pas pourquoi elle ne pouvait pas écrire de bas en haut, en travers et même en spirale... Surtout quand ses idées tournaient en rond! Alors elle n'y est plus allé.

Félix n'était ni muet, ni sourd, ni lent, ni brouillon, ni bavard, ni distrait, ni violent, ni bête, ni... mais tant de "ni" lui avait donné le tournis alors, l'école tant pis, il se débrouillerait avec ce qu'il savait et apprendrait ce qui lui faudrait, là, ici, il aimait bien lire les lignes tordues des mots, elles lui faisaient penser à du fil de fer qui zigzaguait sur les pages des livres... Et le fil de fer, de cuivre, de laiton ou d'étain, ça il aimait bien! Alors, parfois, dans ses machineries incroyables et mobiles qu'il inventait, il cachait des petites phrases, douces, ondulantes, légères comme ses pensées... Et à bien y regarder, avec plus de patience que nous en avons tous bien sur, il pouvait parfois entrevoir, une hélice frissonner, un rouage s'enclencher ou une courroie onduler...
Nortiken était un chat, chat plus sauvage que domestique mais tout bien lissé, avait un savoir faire et un savoir dire qui en auraient ébaubi plus d'un si seulement nous avions pu en avoir une once de conscience! Car sa plus grande marque d'intelligence était bien de ne pas la montrer. Il avait déjà eu poils à tirer avec des deux pattes et il imaginait bien qu'il se passerait du temps long, d'ici à ce qu'il laisse un mot lui échapper, même un soupçon...




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